Un mot de l'éditeur
Daniel Arsand , éditeur de
Aimer un livre, une œuvre, c’est physique, du moins il en est ainsi pour moi. On lit, on tourne les pages, on avance comme en une forêt profonde, on est dans un unique mouvement en un territoire inconnu et chez soi. On peut parler d’un miracle.
En étrange pays, ce premier roman de Schoeman que j’ai donc lu, je l’ai souvent comparé à un fleuve. Un fleuve qui serait fait de silence, de mots et de temps suspendu. On songe à l’immobilité et à une crue, les deux constituées de petits riens, de cristaux d’âme, pourrait-on dire, mais ces petits riens, ces cristaux ont une respiration. Ils déclenchent une lame de fond, ils ne vous laissent pas en paix, ils sont magnifiquement vivants. La vie y est poudroiement, la mort y règne, blanche, sournoise, impalpable. Nous sommes dans ce livre face à l’interprétation d’un monde, du monde, nous sommes dans l’indicible et l’évidence.
Je pourrais aligner les mêmes phrases au sujet de
Retour au pays bien-aimé a paru cet automne. Plus de fleuve, mais un désert où peinent à se faire entendre la colère et le désir d’un ailleurs, où tous les dés sont pipés, où il n’y a pas de retour à quoi que ce soit ni de pays bien-aimé. En revanche ce désert est tissé de mélancolie, de renoncement et de peur. Oui, c’est un grand livre sur la peur. Il faut plus que du talent que sourde du dialogue le plus plat qui soit l’inquiétude et l’effroi. C’est là, sous les mots, entre eux, que tout se joue, que naît le silence et le cri.
Pour moi, Karel Schoeman est un génie.
Tout est là, oui, tout est dit, oui, tout advient parce qu’une voix s’élève, une voix à nulle autre pareille et qui tantôt clame tantôt murmure ce qu’est vivre sur cette terre qui est la nôtre.
Merci encore et encore d’avoir attribué le prix Amphi à
Merci, oui, merci, vraiment. »
Daniel Arsand